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En France, près d’un salarié sur cinq est cadre. Et beaucoup ne se reconnaissent plus dans la stratégie de leur entreprise.
C’est une anecdote qui en dit long. « Un jour, se souvient Alain
Giffard, 56 ans, cadre bancaire et délégué national CFE-CGC, je
rencontre un monsieur d’un certain âge qui avait dirigé la même agence
que moi à la fin des années 1960. Il me dit : “Ah j’étais bien ici !
J’avais un logement de fonction, un chauffeur, deux secrétaires…” Moi,
sur le même poste, je n’avais plus qu’un micro- ordinateur, un
téléphone et une carte de métro. Les choses ont bien changé ! »
Autrefois considérés comme les enfants gâtés de l’entreprise, les cadres seraient-ils devenus des salariés comme les autres ?
Une
chose est sûre, en tout cas, le statut de cadre n’est plus l’apanage
d’une élite. Entre l’après-guerre et aujourd’hui, leur nombre a plus
que décuplé. Et entre 1990 et 2008, les effectifs ont encore augmenté
de 62 %, note l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), pour
atteindre aujourd’hui 3,5 millions dans le privé.
« Plus
l’économie s’est tertiarisée, plus on a eu besoin de salariés
qualifiés, plus on a produit de diplômés de l’enseignement supérieur,
et plus les cadres sont devenus nombreux », explique Pierre Lamblin,
directeur du département « études et recherche » de l’Apec, qui estime
que la France, où près d’un salarié du privé sur cinq est cadre, est
dans la moyenne européenne.
Parmi
ces cadres de plus en plus nombreux, « tous ne sont bien sûr pas logés
à la même enseigne », souligne Alain Pichon, chercheur à l’université
d’Évry-Val-d’Essonne (1).
Aujourd’hui, continue le sociologue, «
on trouve trois grandes catégories de cadres » en France : les
dirigeants, qui ne représentent que 1 % de l’ensemble des salariés du
privé ; les managers (5 %), qui travaillent dans les ressources
humaines ou organisent le travail dans les lieux de production, et les
experts (13 %), qui possèdent des connaissances pointues. Une étude de
l’Apec (2) note qu’au total seuls 43 % des cadres encadrent
effectivement une équipe, soit 15 % de moins qu’en 1991.
Or,
reprend Alain Pichon, « pour ceux qui n’encadrent pas, le statut de
cadre tend à se rapprocher de celui des autres salariés ». Et pas
seulement parce que l’« open space », l’espace de travail collectif
sans cloison, a remplacé dans bien des cas le vaste bureau à l’épaisse
moquette.
Si la
rémunération des cadres demeure en moyenne bien supérieure à celle des
ouvriers, « plus d’un tiers des cadres gagnent moins que le plafond de
la Sécurité sociale (NDLR : 2 946 € par mois en 2011), assure Jean-Paul
Bouchet, secrétaire général de la CFDT cadres . Et la part variable,
conditionnée aux résultats de l’entreprise, ne cesse de prendre de
l’importance. »
Enfin, si le chômage des cadres reste deux fois
inférieur à celui de l’ensemble des actifs, « il a brutalement augmenté
depuis les années 1990 », poursuit Pierre Lamblin. Et alors qu’en 1993,
seuls 7 % des cadres avaient déjà occupé un CDD, aujourd’hui, c’est le
cas de 44 % d’entre eux, précise l’Apec.
« Il y a encore
quelques années, renchérit Christophe, 41 ans, commercial chez un
constructeur informatique, quand on était embauché comme cadre, cela
signifiait un salaire plus élevé et un emploi qui dure ou dont on peut
facilement changer. Mais c’est fini, tout ça. Dans ma société, qui
compte 910 cadres sur 1 000 salariés, on a connu dix plans sociaux en
dix ans… » De ce fait, la figure du cadre maison tombe en désuétude,
regrette Alain Giffard : « Moi j’ai été embauché à 16 ans pour faire
l’employé de banque et, grâce à un truc extra qui s’appelle la
formation, je suis devenu gestionnaire de fortune. Autant vous dire que
je suis un dinosaure ! »
NATHALIE BIRCHEM
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